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L'Eclipse de Michelangelo Antonioni

par Jacques Sicard

 

L’Eclipse (après L’Avventura et La Notte) se divise en un plan thématique où se déchirent les amants courtois des troubadours (agissant comme un leurre, il n’importe pas) et un plan filmique, où s’éclipse la présence humaine, du moins jusqu’à ce que les choses, libérées par cette absence de leur usage ou échange, ne soient plus que des formes tranquilles (essentiel, il exalte la saveur de chacune de ses phases). 

 

Sur les éclisses des faux-acacias qui bordent l’avenue peu passante s’égoutte la lumière du ciel toujours serein jusqu’à sept, huit mille mètres ; puis l’azur disparaît et une teinte turquoise apparaît, qui devient de plus en plus intense ; aux environs de deux cents kilomètres, le ciel est noir.

 

C’est un vaste paysage urbain de fin d’après-midi – filmé comme un huis clos, et en dépit du regret partagé d’avoir froissé les draps pour plus que le sommeil, le spectateur qui à présent le regarde à travers l’ombre filtrée, s’éprouve aussi dégagé du souci que devant un intérieur de Delft peint jadis par Pieter De Hooch – il l’habite.