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Yves
Humann est né en 1959. Il est professeur de philosophie dans un lycée
de Nevers. Lecteur de Nietzsche et amateur de jazz.
Il a collaboré à de nombreuses revues:
Triages,
Décharge, Comme ça et autrement, Liqueur 44, Europe plurilingue,
Archipel, Rehauts, Arpa.
Il rédige des notes de
lecture pour Le Nouveau Recueil.
Il collabore actuellement avec le poète portugais Nuno
Judice à la traduction française de son prochain recueil.
A publié des recueils, notamment: Le monde au loin, Pas
perdus sous le ciel qui n'existe pas et La vie lourde, (tous
les 3 aux éditions Gros Textes), ainsi que Une musique de langue de
terre (éditions Potentille).
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Yves Humann
VARIATIONS AUTOUR DE LA LUMIERE
(extraits)
Pour Lucie
L'écoulement de l'eau de la langue
infiltre le sol sablonneux des jours
cela file par devant
vers quel estuaire?
Et fuit en dedans
vers quelles racines?
Est-ce l'amour qu'on trouve alors
- le sublime esclavage qu'il tresse - ?
victime consentante
de la pente étrange...
l'abandon ou le sourire
parmi les pleurs
et l'hystérie superbe où la beauté
dans un brouillard de mots paraît,
le flirt avec l'ange,
la maladresse du baiser,
la cause du trouble troublée
par le trouble suscité
dans le monde profane où Dieu brille
par son absence, il faut soi-même
aller chercher la lumière
dans tes yeux...
mais quelle hospitalité
pour cette lumière neuve?
*
le piège du printemps
s'ouvre à nouveau
le désir d'être dupe
projeter un peu
en avant
la lumière menteuse
qui attire
*
sueurs et cheveux mêlés
visages mouillés des salives échangées
seins et mains parfois aimantés
corps qui cherchent à coups de caresses
balbutiantes
mains aveugles peaux
frissonnantes
sexe tendu contre sexe humide
la tentation l'appel du vide
un brouillon
face au fleuve dont le débit s'emballe
le lac de l'amour insondable
la lumière plonge
se noie
*
précarité du rêve d'aimer
nous avons traversé un désert
à la lumière brûlante
nous nous sommes réveillés avec
la gueule de bois
des origines à reprendre
il a fallu clôturer les comptes
retenir l'avenir en arrière
le présent est immense
comme l'hiver
le printemps est sans visage
*
pas plus que la nuit le jour n'est visible...
ce que l'on voit est passage d'ombres
et la mémoire est triste
la vie: une ellipse!
Où s'en vont les baisers
quand les corps se dessèchent?
L'automne n'est pas une saison
pour un coeur aimant:
trop d'incendie avant
la nudité des arbres
*
maintenant
que les mots surannés
le corps vieilli
la tendresse impuissante
n'atteignent plus vraiment
la plainte se réveille
n'aurons-nous donc vécu
que de nous perdre?
n'aurai-je joui
que de mourir au monde?
Le ciel est empli
de ce nouveau silence
blanc
assourdissant comme
neige des cimes
(entre ces deux-là qui s'aiment
et ne se peuvent aimer)
alors
à quoi bon ce jour qui vient
s'il n'est qu'attente de la nuit
qui l'éteindra sans même
ouvrir
la possibilité du rêve?
*
le ciel est plein de nuages
pourtant leur opacité lumineuse
suggère un inaccessible
qui happe
la mort est peut-être douce
pour l'heure, être là
et faire de son mieux
car l'ombre est un calme refuge
quand l'évidence éblouit
*
nous sommes de bien tristes monades
nous avons connu le trouble des mains
la maladresse de la joie
le vide de l'orgasme
l'essentiel demeure
du sable entre les doigts
*
on s'éloigne avec le fleuve
on s'éteint avec le miroitement de la lumière
le temps filtre les sentiments
épure
jusqu'au dosage homéopathique
où plus rien ne subsiste
sinon
la mémoire de l'eau
infectés toujours mais par
les ondes seulement
l'écho persistant
la trace impalpable
de l'amour
*
l'hospitalité de la vision
la bonté du mourant qui sait:
il dévore la « rose sans pourquoi »
avec son regard myope
Yves Humann
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