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Amelia Rosselli

 

Le temps peut s'arrêter...

 

Le temps peut s'arrêter en bien

ou en mal ; il frissonne impertinent

de toute sa large bouche obscure, ou s'arrête

et hurle qu'il en a assez : de

cette belligérance.

 

Le Temps n'est pas un ventre ; c'est un croc

qui sourit sagement ou persifle

pendant que tu sers son maître, le coeur

brisé.

 

Le Temps coud et raccommode ! et demande

dans ton rapide, brisé penser

pourquoi tu as laissé la confiture

se gâter ? Je ne suis pas un croc dit

le jongleur, le Temps ne s'arrête pas pour moi

dit le poissonnier ; le tout est

le tout, le Temps est le Temps, bouté hors

des ciels.

 

Une perle, un sacrifice, un psalmodier

reportages de morts... Je ne suis pas un jongleur

cria le poissonnier, ma main

ma tête, chantent que le temps a

tous ses frissons coordonnés avec le Temps.

 

Onze chevaux allaient cueillant des mûres

pensant qu'ils deviendraient

vieux, mais le Temps, lui, était assis et

cousait, sans égards pour leurs

larges bouches ouvertes, leurs cavernes

qui désiraient davantage.

 

Commencèrent onze courses, la "free

lance" pensée vieillissait encore : le Temps

était assis encore pensant, qu'il ne

vieillirait jamais. Accidents indéfinis, paradis

aigris - tous sont dans les bouches

des chevaux, dans leurs ventres terrorisés.

Le Temps-pensant cadra le trou

le Temps-soucieux cherchait à devenir

vieux. Le Temps-assis se collait

à sa place : il n'y avait bataille plus terrifiante

que celle qui était mienne.

 

J'ai accroché le Temps : il est assis

cueillant des mûres collé à sa

place : mais des cris brisés glissent

de la bouche : le Temps n'a pas de frissons

n'a pas d'autre lieu que la terre !

 

Puis nous marquerons le Temps, qui

devint énorme beaucoup, portant des barils

à la terre déserte, ou transformant

les carottes en raves, ou différemment

occupant son âme désintéressée. Le Temps

n'a pas de butins ! il peut devenir

vieux, n'était pour mes butins,

qui partagent le total.

 

Des raves à gorge déployée sourirent :

n'es-tu pas préparée pour

la bataille encore ? Ta flèche est-elle si

légère ? L'encombrante nature

restituera le vol : tu mourras,

et deviendras forte, fumant des fournitures

ou autres maux.

 

Qui fumant des plats d'argent, creusèrent

leurs fosses légères assez pour

mener droit à ce paradis

où le Temps n'a aucun tort, ni

ornières pour t'agripper. Et encore

pendant que ton sourire blesse, avec

un vouloir de pleurs, qui mène la chanson

une misère brodée de blanc

Temps, plus moëlleux que la grâce

de mon ventre, son faire en te trop-faisant,

pendant que tu te dresses fort.

 

 

 

(Il tempo può fermarsi, auto-traduction it.,

de : "Sleep" ; trad. fr. J.Ch. Vegliante)

 


 

Amelia Rosselli, poétesse multilingue (cf. J.Ch. Vegliante, "Poésie entre les langues", Paris III - CIRCE, 1994), dont on connaît en France au moins /Impromptu/ (ed. bilingue revue par l'auteur, Paris, Tour de Babel, 1987), a publié un recueil anglais, /Sleep/, édité avec des traductions italiennes du poète Antonio Porta par Rosso & Spera, Rome, 1989. Quelques versions françaises ont été proposées par J. Ch.

Vegliante dans "Doc(k)s" n° sp. automne 1991 et dans "Poésie 92" n° 41, février 1992. Le poème présenté ici, inédit, faisait partie des textes de /Sleep/ datés 1965, anglais, non inclus dans le recueil cité, et a été auto-traduit en italien par Amelia elle-même quelques années plus tard. La poétesse nous avait confié en effet son intention de récrire tous ses textes anglais dans la langue qui avait fini par prévaloir chez elle, l'italien. Il a été proposé par Gian-Maria Annovi, en version bilingue anglais-italien, sous le titre général "Time can stop (and it does)", dans l' /Italian Poetry Review/ II, 2007, pp. 35-45 (éd. P. Valesio). La version française qui suit a été attentive aux solutions apportées par l'auteur en italien, mais est partie toujours de l'original absolu anglais, /Time can stop either for good.../ etc.

Jean Charles Vegliante