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Note bio-bibliographique

Michel Arouimi

Maître de conférences en littérature comparée

Après avoir été chargé de cours à l’Université de Paris X, Michel Arouimi enseigne à l’Université du Littoral. Ses recherches portent sur les réminiscences de l’Apocalypse dans la littérature et sur le problème de l’imitation littéraire, chez des écrivains soucieux du sens de l’harmonie, et en particulier celle des formes textuelles.  


Michel Arouimi est l’auteur d’une centaine d’articles et de ces ouvrages :

  • L’Apocalypse sur scène, L’harmattan, 2002  

  • Magies de Levi : L’expérience picturale et littéraire de Carlo Levi, confrontée aux leçons de Rimbaud, Tolstoï, Melville et Xue Xiake, Fasano : Schena, 2006,  (252p., ill.)  

  •  Les Apocalypses secrètes : Shakespeare, Eichendorff, Nerval, Rimbaud, Claudel, Conrad, Tchekhov, Ramuz, Bosco, Carlo Levi, Paris : L’Harmattan, 2007, 320 p.  

  • Vivre Rimbaud, selon Ramuz et Bosco, Orizons,  (« Universités / Domaine littéraire »), 2010, 368 pages.

 

A paraître : Jünger et ses dieux, Orizons, 20101

 

 

 

Michel Arouimi

 

Poèmes


 

Elizabeth Taylor

 

Tout a l’air en carton dans le monde.

On ne peut plus fixer les affiches,

aussitôt bouffées par leur tourniquet.

D’un seul regard

elles vous annulent.

Des maisons partout, mais jamais abandonnées,

sauf de la nuit

séchée dans les égouts.

Un nom plus beau que le jour

oublié sur le champ.

 

Il faudrait juste une cour

pleine d’orties bleues,

deux chaises renversées qui barricadent la porte

et du linge à sécher, couleur de magazines.

On se console en aspirant

le luxe de l’oxyde

infligé aux parkings.

Tout près du secret des bennes

où fermentent les dates,

sous le matin des grandes surfaces.

 


 

www. fishforlove

 

On ne sait qui maintenant se dit sait pas quoi c’est comme ça que va tout, le premier parti gagnera — la porte est grande ouverte sur l’été. Dans l’entrée que dorent des noms revoilà l’érection des nouveaux annuaires. Obsolète.

Les platanes incongrus  sur un seul bord du trottoir,

face à je ne sais quel chantier. Le carrefour éclate — un déluge d’autobus et le bitume refait s’érige en vapeur sèche. Le souffle d’une ou deux boutiques se perd dans la foulée qui douche les comptoirs à carcasses d’oiseaux.

 

Vous vous engagez dans la première allée venue, comme une bague autour de la gorge. Des faux-semblants de jardins battent en retraite sous la pression des façades où deux couleurs se battent. En cas d’attaque, scruter les prix flambés par le soleil de quatorze étés : toute une gamme de lingerie fine, dans l’étau des voitures volées. Et tout au bout sur la gauche un cadre de gaze, doré par le temps, protège deux chapeaux perdus dans la vitrine aveugle qui prie Satan.

Au-delà c’est la Petite Ceinture. Une grille. Des roses de fonte en morceaux,  dans une pagaille de stèles… Le rang parfait de quelques arbres questionne les moteurs.

Plus la force de revenir. Arrête

ouais ouais ouais la ville là

sur les jambes ouvertes du passant qui regarde

le ciel couché sur un banc

 


 

Pêche de nuit

 

On dialogue avec les enseignes,

entre des maisons juchées sure la roche

et la Charente aveugle qui court sous la pluie.

Elle et

Lui manque un mot, dans l’angle du fronton,

parmi les tombeaux romains qu’imite soudain le ciel blanc.

 

Max Broker, ça pourrait être un pseudo,

mieux qu’un paratonnerre, sur le toit d’un hangar au verbe haut.

Des marchandises provenant d’autres mondes.

Faillites Litiges et Cessations

La Rue de la Venelle comme la Rue du Crépuscule,

En même odeur de vigne vague.

 

Une affiche américanise le parking

avec un sandwich à durée limitée.

Tant d’arbres jeunes font douter des temples

poussés de mille en mille ans.

De la pierre bonne à manger mon amour,

le sceptre et le bras d’un empereur en acier,

levé avant le jour faire tourner le pétrin.

 


Tout beau tout neuf !

Tout beau, tout nouveau

le coquelicot s’égosille sur le trottoir.

On hésite à dire – un miracle de l’été

ou l’imitation du hasard

dans une rigole en scène, et personnalisée.

Toutes ces fleurs sauvages sentent si fort le tour de passe.

Petits bouts de paradis qui rendent gaga les banlieues,

–la Banlieue pandémique, en couverture chauffante sur la ville.

 

Aucune odeur, sous le soleil électronique

les messages se répondent, en kaléidoscope

dans l’absence des bouches et des oreilles.

L’été coupable de trop pousser les radiateurs

érige en blason sa Colique.

On s’habitue si vite, à la vitesse de la lumière.

À force de voir les mêmes étoiles on croit qu’elles n’habitent pas le ciel.

A tout prendre, les plates-bandes aux mille nuits ne valent pas

le panneau de métal, qui met le jour au poteau.

 


Demi-sommeil

 

L’huisserie mal étanche

et nos genoux se touchaient.

Une table de bois où refroidit le café.

On fixe des yeux le livre, pour qu’il ne bouge plus.

 

Les nuages se condensent

dans le pull qui déchire la porte,

entre la patère et le pater noster.

Toujours des feuilles mortes,

en tapis sous nos souliers durs.

 

A l’époque on pouvait crier,

se tasser dans l’absence

pour se retrouver.

Maintenant la fièvre est celle des portes automatiques,

rendues muettes par la pression du vide.

Il ne faudrait qu’un million de volts

pour éteindre le néon de la glace,

haut levée parmi nous

qui sommes couchés.