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Portrait d'Henri Droguet par Yann Le Neveu


Henri Droguet est né à Cherbourg en 1944. Il vit à Saint-Malo où il a enseigné les lettres de 1972 à 2004.

Il a publié 7 recueils de poèmes aux éditions Gallimard:

Le contre-dit

Le passé décomposé,

Noir sur blanc,

La main au feu,

48°39'N-2°01'W (et autres lieux),

Avis de passage,

et Off (en 2007)

et un chez Champ-Vallon: Ventôses 

un ouvrage en prose intitulé Albert & Cie, histoire, aux éditions Apogée,

et, en collaboration avec des plasticiens (Thierry Le Saëc, Eric Brault, Dominique Penloup, Pierre Alechinsky, Yves Picquet, Rodolphe Le Corre) quelques ouvrages d'artiste.

 

 

 Henri Droguet

Ce que disait l'idiot du village

(trois poèmes)


CECI N'EST PAS UNE FABLE

                         1

Redresseur de tors et de bancals

le vent radote rabote conjoint

momentanément toutes choses

les périphéries incertaines ainsi la rue

d'hiver et le passage à l'acte   l'énigme

suspendue

 

hérissé d'un seul coup

d'un seul le flot frappeur

montre ses crocs    boute à bas

les boulus scintillants granits

les schistes feuilletés

 

aux mares fangeuses et poilues

glauquement sous les limons frétillent

les froids tritons grouillants

les salamandres

 

il achâne et

le peigne ondoyant   l'étrille

fraîche acharnée des averses

flagelle dru le parquet laqué

d'un étang qui fume

 

un arbre invente ses ténèbres

un mur au ralenti s'effondre

 

 

                                 2

 

L'inattendue furieuse bienveillance

quelquefois du grand bleu tout nu vide énorme

ça serait l'accord fruitier   l'accès

presque imminent   fécond presque

impossible inévitablement  

parade à rien inabordable éperdue

paradis pourtant paradis fatal

et l'inhabitable heureusement dé-fête

 

 

 

ça nous dessaisit   nous jette à la stupeur la paix

ça décreuse au ciel pommé trituré

la beauté furtive chevelue

des meringués mafflus nuages

la grosse mie du soleil bègue 

 

 

                              3

 

Mais l'ignorant chérubin   le guetteur aveugle

jocrisse intraitable   le randonneur

infirme fou même roi

arrête en ce écart improbable

ses guêtres   sa quête   ses fièvres

gratte et taille son noir   renfourne

ses très communs mordilleurs démons

cafouille et brait sa barbouille

prête-à-porter   triture sa misérable misère 

pour solde de tout compte il joue

à qui-perd-

gagne et inversement

 

Peut-être  -aura-t-il dit-   j'avançais

hors des glorieux sommeils

je ne suis pas au bout encore

en ces lumières   et de te sais-tu

fabula narratur   poursuivons donc ensemble

(tcétéra tcétéra)

 

Rien n'a bougé

le vent raffûte et raboute

le large est grand-ouvert

la mer battra son plein à 23h18

 

22 août 2008 


 

SOUS-MOI, BORDEREAU

 

 

C'est le commencement de

la fin 

 

foudre fougueuse   désordre cru

semé d'écume   un cheval pie se cabre

un corbeau jette trois fois

son cri inévitable

un renard s'écorche aux épines

ensanglante un fourré   glapit

           va tiens-toi dans ton écart

          mon beau furtif rouquin

          sois sauvage

 

tintouins et valdingues le vent

vide ses sacoches

sur les hérissements de la gaste ardue lande

les brouilles chevelues bocagères

 

le serein pétille sur des chardons

et les filandres de l'octopode argiope

 

le noir jonceux palud froidit

où s'effondre un saule

pourri fini comme

ce hêtre caduc échu qui tombe

au bouillon dans l'abondance heureuse

d'une source vive

 

les gisements congestifs des humus

fourmillent grouillent de gros vers roses

de larves et d'oiseaux en poudre

 

tout s'est tu

le relent charnel et violent du blé

pétrifie le chaos monumental

et désert d'une grange

 

dans un parage obsolète

la quincaillerie close sent précisément

l'enclume et le soc

 

un glas glaçant s'égrène

au-delà des haies périphériques

et du chemin perdu 

                                   c'est la fin

du commencement

 

24 octobre 2008


LE DERNIER AVANT L'ULTIME

                     

                        1

 

encore d'impossibles chemins à courir

à descendre par les chaleurs

et les bariolages à cru des banlieues

ça trique et cloue

 

les fleuves recoulent clapotants

et cela court et recourt comme une enfance

ou le souci les fièvres

 

le ciel patibulaire disperse ses feuillets

vomit ses pierrus laitages

et le soleil final et déteignant

des astres filent dans les azurs

 

toutes les sortes d'eaux

imbibent noient verdissent

 

les maremmes les fagnes à borborygmes

fermentent et rouissent   

l'océan c'est un grouin qui fouine

fouit fauche poussif obtus

             ronge

 

rouge un cap assailli par les houles tonne

et du vent copieusement

démarre ses trombes

  

encore l'aube invue    la lumière

qui frissonne inquisitrice aux plis

phosphorescents des mers

aux innombrables yeux  

                                        l'éveil

ébouriffé des petits oiseaux qui refont

leurs chamades et leurs roucoulis doux

 

 

                               2

 

"glaciers glauques   hideux ciels à la fonte

où que j'aille -dit l'autre-

c'est l'amer   et j'irai

dans les nords où les oiseaux cataractent

leurs fientes   où les cieux enfin géants

sauvages poudroient sur des steppes

où les maelstroms âcrement crévent et creusent

leurs entonnoirs leurs tourbillons de glaires

et d'écumes noires

 

 

 

mais   -vrai-   je dors

le ciel est blanc   le vent

froidement navre un enfant plein de tristesses

 

revoici l'aube enivrante

bain de langueurs   parfums d'or et berceurs

et l'ineffable éther béni

voici les furieux archipels   

 

d'un seul coup fauve ah! c'est l'effraction

flamboyante inouÏe des amours et le

point final".

 

 

8 novembre 2008